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Ça donne à réfléchir : RECULER POUR MIEUX AVANCER ?

Ça donne à réfléchir : RECULER POUR MIEUX AVANCER ?

Du survivalisme à la collapsologie

Si vous êtes quelqu’un de curieux, amateur de lecture, et encore plus si vous êtes passionné par l’Histoire, deux ouvrages méritent votre attention : d’une part celui de Jean-Paul Clébert, Histoire de la fin du monde, paru en 1996, et d’autre part Le mythe de la fin du monde de Luc Mary, paru en 2009. Ce sont des livres qui ont maintenant quelques années, mais qu’il est assez facile de trouver d’occasion.

On y apprend à quel point l’attente - et parfois la peur - d’un prochain effondrement de notre monde et de notre civilisation est quelque chose qui a toujours existé, depuis l’Antiquité. Passons sur la fameuse « peur de l’an mil », qui n’a par contre pas existé (le peuple de base de l’époque ne savait pas en quelle année il vivait), pour passer directement au mouvement « survivaliste » des années 1960. Comme souvent, ce mouvement est né aux USA, en pleine Guerre froide avec l’URSS, c’est-à-dire dans la certitude que la guerre nucléaire totale était non seulement inévitable mais (très) proche. On vit ainsi apparaître des groupes de personnes, parfois juste un simple noyau familial, qui se préparèrent (et se préparent toujours !) à l’apocalypse totale, « apprenant des techniques de survie et des rudiments de notions médicales, en stockant de la nourriture et des armes, en construisant des abris antiatomiques, ou en apprenant à se nourrir en milieu sauvage ou hostile » (Wikipedia).

La chute de l’URSS et du bloc communiste n’a pas mis fin à ces craintes, le mouvement dit maintenant « néosurvivaliste » continuant à se préparer, depuis le début des années 2000, à la prochaine catastrophe naturelle, économique, écologique, politique (guerre civile) ou sanitaire, qui va entraîner à court terme, selon eux, l’effondrement de la civilisation industrielle… Sans oublier, dans la liste, une possible invasion extraterrestre.

Aux USA, on utilise aujourd’hui pour ces personnes le terme de preppers (« ceux qui se préparent », le verbe étant le même en anglais). Parmi leurs craintes principales figurent la catastrophe économique ou écologique, cause elle-même d’une potentielle guerre civile pour la maîtrise des ressources pour lesquelles les humains « survivants » auront à se battre.

Mais c’est en France qu’est né, en ce  début de 21e siècle, le courant de pensée baptisé « collapsologie », du verbe anglais to collapse, signifiant « s’effondrer ». Pour ses théoriciens, cet effondrement à venir de la civilisation industrielle sera « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis (à un coût raisonnable) à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». La cause de cet effondrement ? L’impact négatif de l’homme sur l’environnement, dont entre autres le réchauffement climatique et l’anéantissement de la biodiversité, mais aussi des crises énergétiques, économiques, géopolitiques et démocratiques.

Fin 2019, la presse française s’est ainsi fait l’écho du cas d’Yves Cochet, ancien élu écologiste, ancien député à l’Assemblée nationale (président de groupe) et au Parlement européen, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement de Lionel Jospin pendant 10 mois, devenu un des « penseurs » de la collapsologie. Yves Cochet vit aujourd’hui « retranché dans la campagne au nord de Rennes pour se préparer à l'effondrement du monde qui "nous arrive en pleine tronche" » (source www.francetvinfo.fr). Il

Pour lui, la fin de notre civilisation interviendra autour de 2040, date à laquelle « la moitié de l'humanité va mourir ». L’accès à l’eau sera limité et « il n'est pas sûr que nous aurons encore de l'électricité en France en 2050 ». Notons néanmoins qu’en 2008 il avait « fait le pari » que les Jeux olympiques de Londres de 2012 ne pourraient pas se tenir en raison de l’explosion prévisible (selon lui…) des prix du pétrole. Pari raté, visiblement, ce qui ne l’empêche pas de militer aujourd’hui pour des « écovillages de résistance », donnant lui-même l’exemple dans la propriété rurale de 7 hectares qu’il a achetée avec sa fille. On y trouve entre autres un puits, une mare et un système de récupération de l’eau de pluie (l’eau étant indispensable à la survie), ainsi qu’une vaste forêt (le bois sera selon lui la seule énergie qui restera). Et comme il n’y aura plus de pétrole, sa ferme peut compter sur ses deux chevaux et deux calèches.

En 2040, Yves Cochet aura 94 ans et en 2050 il en aura donc 104…

Les survivalistes et collapsologues s’attendent au (prévoient le…) pire (Image Pixabay)

Un « jour du dépassement » de plus en plus tôt dans l’année

Impossible de nier, cependant, que l’humanité vit aujourd’hui « à crédit » en comparaison des ressources que notre planète est capable de nous fournir. Depuis plusieurs années, l'ONG américaine Global Footprint Network calcule le jour du dépassement (en anglais Earth Overshoot Day) qui correspond à la date de l’année à partir de laquelle l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an. « Passée cette date, l’humanité puiserait donc de manière irréversible dans les réserves "non renouvelables" (à échelle de temps humaine) de la Terre » (Wikipedia).

En 1986, ce « jour du dépassement » était le 31 décembre, c’est-à-dire que l’humanité consommait exactement les ressources offertes par la planète. En 1990 nous étions passés au 7 décembre, en 2000 au 1er novembre et en 2010 au 21 août. Pour 2019, l'ONG a estimé cette date au 29 juillet.

Face à ce constat, ainsi qu’à celui du réchauffement climatique, il est indéniable qu’il faut réagir. Certains se font donc les apôtres de la collapsologie, d’autres, depuis les années 1970 déjà, prônent la décroissance, mais qui est elle-même un mélange complexe de plusieurs tendances. Cela va en effet de l’abolition du travail comme nous le connaissons aujourd’hui (à remplacer par exemple par une économie « collaborative ») à la désobéissance civile, en passant par la suppression de l’argent (remplacé par des dons et des échanges de prestations),  une économie basée sur l’écologie ou encore par le refus de l’innovation technologique pure au profit de produits simples, durables et recyclables. Si beaucoup ne remettent pas en question le progrès technologique, c’est cependant une réflexion profonde sur notre monde « moderne » qui est ainsi faite.

Certaines de ces idées sont évidentes (comme intégrer l’écologie à l’économie), mais d’autres sont extrémistes ou au minimum séduisantes sur le papier mais inapplicables. Nous pensons ici notamment à l’abolition de l’argent. Le remplacer par des dons en nature ou en prestation ? J’ai besoin de faire réparer mon toit mais ce que j’ai à offrir au charpentier sont mes connaissances comptables, ou les fruits et légumes de mon jardin ou de mon champ. Mais ledit charpentier n’a pas besoin d’un comptable ou croule déjà sous les fruits et légumes. Que faire alors ? Le charpentier ira échanger les fruits et légumes dont il n’a pas besoin contre des vêtements dont il a par contre besoin ? Que de temps passé… Et ce que ce charpentier à envie de faire, ce sont des charpentes et des toits, pas devenir trader de produits, certains périssables de surcroît ! Ou alors on remplace les dons eux-mêmes par des « bons pour… » d’une certaine valeur en temps passé ? Cela reviendrait à créer une monnaie scripturale, c’est-à-dire de l’argent !

Attention aux extrémismes

La situation de crise certaine que nous vivons amène quelques-uns à se faire l’apôtre de solutions extrémistes qui, il faut le souligner, n’encouragent pas le « consommateur moyen » à faire sa part de nécessaires efforts.

Ces solutions extrémistes sont par exemple les politiques qui vont jusqu’à proposer d’interdire totalement les véhicules individuels dans les agglomérations (les personnes qui ont du mal à marcher, personnes âgées en particulier, ou celles qui achètent des produits encombrants apprécieront).

On voit aussi des militants de l’extrême (minoritaires, certes…) qui ont décidé de renoncer aux appareils électriques (télévision, ordinateur, réfrigérateur, lave-linge…), d’utiliser des toilettes sèches, de cuire eux-mêmes leur pain ou de fabriquer eux-mêmes leurs produits ménagers (que des boulangers ou des employés d’entreprises essaient de vivre de leur travail ne vient apparemment pas à l’esprit des avocats de telles solutions).

Dans le même esprit (technologie = destruction ou science « au profit du capitalisme »), on refuse par exemple la vaccination, qui cristallise toutes les rumeurs, alors qu’elle a sauvé des dizaines (centaines ?) de millions de personnes depuis 150 ans (variole, tuberculose, rougeole, lèpre, polio !).

Le progrès des sciences peut s’enorgueillir de réelles victoires : la vaccination en est une, et non la manifestation d’un soi-disant « complot » (image SELF Magazine  via Wikimedia Commons).

Les évènements de ces dernières années ont aussi mis en avant certains « zadistes » qui réclament le « droit » (?) à des « expérimentations communautaires » utopiques (sur des terrains qui en général ne leur appartiennent pas…). Parmi eux, certains n’hésitent pas à user de sabotage et de violence pour faire passer (pour imposer) leurs idées (comme certains vegans d’ailleurs). Dans les pays anglo-saxons, on parle de plus en plus d’eco-warriors (guerriers de l’écologie).

Un autre mouvement apparu chez certains extrémistes de l’écologie consiste - « pour le bien de la planète » - à ne plus faire d’enfants, quitte à se faire stériliser pour cela. C’est le mouvement Childfree (sans enfants) ou Ginks (Green Inclination No Kids, soit « engagement vert, pas d’enfant »). Il existe même un collectif baptisé VHEMT (Voluntary Human Extinction Movement, c’est-à-dire « Mouvement pour l'extinction volontaire de l'humanité »). Pour eux, pour sauver la planète, ses plantes et ses animaux, il faut faire disparaître l’espèce humaine !

On n’est parfois pas loin d’une certaine forme de « néo-paganisme », avec l’apologie d’une vie communautaire plus ou moins sans règles (l’Histoire a pourtant montré que cela marchait rarement), incluant parfois le refus de l’école car celle-ci « prépare à la soumission ». Ces écologistes « durs » font peu de cas de la volonté des autres, qu’ils estiment devoir être « éduqués », de force visiblement s’il le faut.

L’urgence planétaire ne doit pas être la porte ouverte à une nouvelle forme de totalitarisme, même « vert ».

Et si nous commencions par consommer mieux ?


C’est parce que nous n’agissons pas, ou trop peu ou pas assez vite, que nous voyons apparaître des « propositions » aussi radicales que celles dont nous venons de donner quelques exemples.

Pour revenir au « jour du dépassement » évoqué plus haut, comme l’a souligné en 2019 un responsable de WWF France, si tout le monde vivait comme un Américain, il nous faudrait 5 planètes. Si tout le monde vivait comme la plupart des Africains, la question ne se poserait pas, ni même comme un Indien (une planète suffirait largement). Même avec la France comme référence, il nous faudrait l’équivalent de 2,7 planètes pour répondre aux besoins.

Force est cependant de constater que ni l’Afrique, ni l’Inde, ne sont de réels modèles en matière de bien-être sanitaire ou d’espérance de vie, voire en matière de non-pollution. Les évolutions que notre mode de vie a connu depuis un siècle ont certes eu des effets délétères, mais en parallèle notre qualité de vie globale s’est, jusqu’à ce jour, améliorée. Concernant l’espérance de vie justement, elle est passée, dans la plupart des pays d’Europe occidentale, de 65 à 70 ans en moyenne au début des années 1950 à 80-82 ans aujourd’hui. Actuellement, en Inde, elle n’est que de 68 ans en moyenne et, dans les pays d’Afrique subsaharienne, à peine de 50 à 65 ans. Et ces pays « rêvent » de vivre comme nous en Europe occidentale ou en Amérique du Nord ! Là et bien le paradoxe du combat écologique.

Pour ne pas laisser « tribune ouverte » aux extrémistes de l’écologie, agissons, même si ce que nous pouvons faire de notre côté ne joue que pour une certaine part dans la détérioration de l’environnement et du climat.

La permaculture est l’image même d’un mode d’exploitation raisonné et raisonnable des ressources agricoles de la terre
(image Terence Groos via Wikimedia Commons).

Ayons, fermement et définitivement, une attitude plus éco-responsable, consommons bio, local, solidaire et durable, mangeons moins de viande (nous gagnerions quinze jours par an sur le « jour du dépassement » rien qu’en divisant par deux notre consommation de viande, selon le WWF), le « tout vegan » n’étant cependant pas une solution en soi, encourageons la permaculture et l’agriculture urbaine, recyclons mieux et davantage, favorisons les produits et les matériaux renouvelables et durables (dans le sens écologique mais aussi de la durée de vie), évitons le gaspillage, ne nous laissons pas séduire par la surconsommation et la course à la technologie purement mercantile (une célèbre marque de smartphones dont le logo est une pomme étant ici un excellent exemple d’abus en la matière…). En clair, « votons avec notre porte-monnaie de consommateur » pour influer sur les choix de demain.

En même temps, faisons confiance à la science bien maîtrisée et bien pensée (« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », a écrit Rabelais). Le pétrole n’est pas une ressource inépuisable et les moteurs thermiques polluent ? Plutôt que de mettre tout le monde au vélo (y compris ceux qui habitent dans les campagnes ?) et que de se précipiter sur les véhicules électriques (qui soulèvent d’autres problèmes, en particulier le recyclage des batteries ou la production de l’électricité…), regardons par exemple ce que le moteur à hydrogène est sans doute capable de nous apporter. Le plastique d’origine pétrochimique est une matière qui « étouffe » notre planète, car source d’une inadmissible pollution ? Des pistes existent déjà pour des bioplastiques parfaitement biodégradables… Et ce ne sont que quelques exemples.

Car pour avancer vers un monde meilleur, reculer n’est certainement pas la solution. Pour ne parler que de la France, nous ne pouvons pas vivre dans un pays de près de 70 millions d’habitants comme le faisaient nos arrière-grands-parents quand il n’y avait que 40 millions d’habitants.