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HUILES ESSENTIELLES ET COVID19 : Soulignons d’abord ce qu’il ne faut pas faire !

HUILES ESSENTIELLES ET COVID19 : Soulignons d’abord ce qu’il ne faut pas faire !

Comme lors de la plupart des crises, quel que soit le domaine, celle de la pandémie de Covid19 est l’occasion, pour une multitude de personnes - trop souvent sans compétence réelle sur le sujet – d’en « décrypter » les causes et les conséquences à l’aune de leurs convictions voire de leurs croyances… Occasion également, bien sûr, pour proposer de même les remèdes à apporter, au sens figuré ou propre, pour la résoudre ou en atténuer les effets. Et dans cette crise due au Covid19, les très naturelles huiles essentielles ont été très vite au centre de nombreuses affirmations.

(photomontage d’après images de geralt via Pixabay et awesomecontent via Freepik)

 

Ne jouons pas avec la santé

Nous avons souligné, dans cet autre article, combien les substances naturelles, si elles représentent un patrimoine incomparable pour le bien-être et la santé, connaissent malheureusement en même temps des limites claires. Des limites que refusent d’admettre tous ceux qui diffusent sur les réseaux sociaux des remèdes farfelus à grandes annonces de « le lobby pharmaceutique et médical ne veut pas qu’on le sache » ou de « Pas un mot dans la presse sur ce remède naturel, pourquoi ? »…

Les motivations de ces soi-disant experts ne peuvent qu’inquiéter. Quelles sont-elles ? Impression pour eux de se venger de la société en étant le détenteur d’une information « vitale » rejetée par la majorité (rejetée parce qu’elle est fausse, justement !) ? Désir morbide (sadique…) de nuire ? Envie de voir jusqu’où la crédulité humaine peut aller ? Jouissance infantile de voir le message « partagé » des millions de fois, battant des records ? Peu importe, car au final c’est très grave. C’est la santé de tous qui est en effet en jeu, avec le risque de voir, dans le cas présent, un virus que l’on ne découvre que lentement faire de plus en plus de ravages.

À la différence des gros trafiquants de drogue qui se gardent bien de toucher au poison qu’ils vendent, conscients du danger qu’ils font courir aux autres, les « dealers » de ces contre-vérités et inventions sur le Covid19 (billevesées que l’on retrouve aussi pour d’autres maladies…) sont des inconscients absolus. Car demain ils seront peut-être eux-mêmes les victimes, directes ou indirectes, des fausses nouvelles qu’ils auront répandues, des gens mourant à cause de cela, « au mieux » (!) parce que mal soignés en raison de « remèdes » en fait inefficaces, ou directement tués par des préparations qui étaient avant tout toxiques.

Début mars 2020, on apprenait ainsi via l'agence de presse officielle iranienne Irna que 27 personnes étaient mortes intoxiquées dans le pays, et que plus de 200 avaient été hospitalisées, après avoir bu de l'alcool de contrebande, suite à une rumeur, née sur Internet, selon laquelle les boissons alcoolisées aideraient à guérir du Covid19. En l’occurrence, les personnes décédées avaient bu du méthanol qui, contrairement à l’éthanol (l’alcool éthylique contenu dans les vins et spiritueux), n’est pas un produit alimentaire mais bel et bien un poison pour l’organisme.

Un mois plus tard, début avril, c’est du Pérou que provenait une information analogue. L’agence de presse d’état Andina rapportait en effet qu’au moins 16 personnes étaient décédées dans la région andine de Huancavelica - à 400  km au sud-est de Lima, la capitale - après avoir consommé une liqueur alcoolique frelatée censée éviter la propagation et la contagion du coronavirus.

Chaque mois nous apporte son lot de preuves de la dangereuse crédulité des populations face à une pandémie qui fait peur : début mai, c’est d’Inde qu’est venue la nouvelle que deux hommes travaillant pour une entreprise spécialisée en phytothérapie, un pharmacien et le directeur de la société, étaient décédés à Chennai, au sud-est du pays, après avoir essayé sur eux-mêmes un supposé « traitement » contre le virus. Ils avaient imaginé ce produit - un mélange d’oxyde nitrique et de nitrate de sodium – après avoir fait des recherches sur Internet et acheté les ingrédients sur un marché local.

(image Pedro1906 via Pixabay)

Artemisia et huiles essentielles, « même combat »…

Certes nous forçons le trait avec ces exemples, qui nous éloignent a priori du titre de cette page… Mais nous allons y venir.

Fin avril 2020, une information sur un supposé « remède naturel » a été largement diffusée par les réseaux sociaux et a même fait l’objet d’une question lors d’une de ces séances de questions-réponses sur le Covid19 devenues quotidiennes dans les médias français, la personne qui posait la question s’étonnant (s’insurgeant ?) visiblement que ce remède soit… passé sous silence en France.

De quel remède s’agit-il ? D’une tisane bio à base de feuilles séchées d’artemisia (artemisia annua, aussi appelée armoise annuelle), tisane baptisée à Madagascar Covid-Organic. Produite par l’Institut malgache de recherche appliquée (IMRA), le président malgache Andry Rajoelina en a lui-même vanté les propriétés préventives et curatives contre le coronavirus. Elle a été très tôt distribuée en vrac dans les quartiers de la capitale malgache, les habitants étant priés de venir avec leur flacon ou bouteille !

Le problème est que si cette plante a effectivement démontré son intérêt dans le traitement de certaines maladies tropicales (on en a dérivé une molécule chimique, l’artémisinine, utilisée contre les fièvres liées au paludisme), aucune preuve n’existe d’une réelle action contre le Covid19. Même l’Académie de médecine de Madagascar a elle-même précisé que concernant les dérivés de cette plante, « il s’agit de médicaments dont les preuves scientifiques ne sont pas encore élucidées et qui risquent de porter préjudice à la santé de la population, en particulier à celle des enfants ». Mais pour le président malgache, l’efficacité de ce remède est réelle, puisqu’il s’appuie entre autres sur le faible nombre de cas de Covid19 dans son île, et sur le fait… qu’une Brésilienne faisant partie « d’un groupe de prières » serait venue à Madagascar en novembre 2019, ayant eu alors la « révélation » que le pays sauverait le monde d’une pandémie grâce à ses plantes endémiques traditionnelles ! Une affirmation présidentielle à laquelle les considérations économiques ne sont pas étrangères, environ 10 000 personnes cultivant la plante à Madagascar, et certains pays africains, comme le Sénégal, en ayant déjà commandé en grande quantité…

Nombreux sont les scientifiques à s’inquiéter de ce pouvoir quasiment… miraculeux attribué à l’artemisia, à l’instar de Pierre Lutgen, docteur en chimie au Luxembourg qui s’intéresse depuis une quinzaine d’années aux vertus thérapeutiques de l’artemisia, qui a déclaré au journal Le Monde : « Je crains que cela ne décrédibilise les vertus de la plante sur les maladies tropicales, où par ailleurs elle a fait ses preuves ». En tout état de cause, même si cette plante peut être utile contre certains symptômes du Covid19, elle ne doit en rien détourner des mesures globales de prévention contre la pandémie, ce qui est la crainte de nombreux médecins et de l’OMS en particulier.

L’artemisia, un des nombreux « remèdes naturels » que certains affirment être « la » solution au Covid19 (image Kristian Peters Fabelfroh via Wikimedia Commons).

Ceci nous amène aux huiles essentielles. Par quel biais ? Tout simplement par le fait que celles-ci ont démontré, depuis extrêmement longtemps, leur efficacité dans la prévention voire le traitement de certaines maladies, par voie orale ou topique. Sans oublier les bienfaits de l’aromathérapie ou de l’olfactothérapie, dont le mode d’action est différent.

Mais, encore une fois et à l’instar d’autres préparations phytothérapiques, comme justement l’artemisia, ces mêmes huiles essentielles - même si elles peuvent faire état de certaines propriétés traditionnellement antibactériennes et/ou antivirales - n’ont aucune action démontrée, avérée et prouvée (nous nous répétons intentionnellement) contre le coronavirus SARS-CoV-2 responsable du Covid19. Supposer une telle efficacité « par analogie » (« si ça marche contre d’autres virus, ça marche logiquement contre ce coronavirus ») est à la limite criminel, car cela détourne des remèdes efficaces qui seront on l’espère trouvés, ainsi que des fameuses « mesures barrières ».

Soyons sérieux et tout simplement logique : pourquoi une huile essentielle « antivirale » serait elle efficace contre tous les virus alors que les chercheurs mettent souvent des années à trouver une molécule efficace contre une (nouvelle) maladie à virus, bien qu’il existe déjà des traitements contre d’autres maladies à virus. Pourquoi s’est-on évertué à trouver un remède contre le SIDA si on avait pu traiter cette maladie à virus avec les mêmes médicaments utilisés contre une angine virale ou la varicelle, autres maladies à virus. Pourquoi ?

Non, les huiles essentielles « antivirales » ne sont pas un remède universel contre tous les virus, et encore moins contre le coronavirus SARS-CoV-2.

Le Conseil de l’Ordre des pharmaciens l’a aussi rappelé : « Certes, certaines huiles essentielles ont une activité bactéricide et virucide in vitro, en laboratoire, mais cela ne nous dit pas si elles fonctionnent en situation réelle, dans une pièce ou sur un organisme. Leur efficacité n’a pas été démontrée, aucune expérience n’a été réalisée sur le coronavirus ». Nous sommes le premier à le reconnaître : l’Ordre des Pharmaciens est loin d’être un avocat engagé des solutions naturelles de bien-être, et nous ne sommes pas nous-même toujours d’accord avec lui, sur bien des points. Ce n’est donc pas forcément notre source d’information préférée. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas tenir compte systématiquement de toutes ses affirmations… Même si votre voisin est un grossier personnage et un asocial antipathique, s’il vous montre le pneu crevé de votre voiture garée dans la rue, vous n’allez pas nier la réalité parce que c’est lui qui vous l’a indiquée !

Une hausse des accidents domestiques depuis le début de l’épidémie

Malheureusement, la « publicité » donnée aux bénéfices potentiels des huiles essentielles face au coronavirus a fait que l’Agence de sécurité sanitaire et le réseau des centres antipoison ont noté une augmentation des signalements « d’accidents domestiques » et intoxications liés à leur emploi.

Des cas qui sont venus s’ajouter à ceux liés à une utilisation abusive des nettoyants et désinfectants (eau de Javel notamment) ou du gel hydro-alcoolique (ingestion, projection oculaire, contact cutané excessif, en particulier chez les jeunes enfants). Concernant les gels hydro-alcooliques désinfectants, de nombreux accidents ont entre autres eu lieu avec des produits « fait maison », à base d’alcool, d’eau oxygénée et également d’huiles essentielles, justement.

Des huiles essentielles par ailleurs utilisées par voie orale « pour renforcer les défenses naturelles » ou pulvérisées/vaporisées dans les intérieurs (maisons, appartements, voitures…), voire pour désinfecter les masques de protection, non sans risque.

Car le problème, trop souvent oublié, est qu’il existe de nombreuses populations à risque face aux huiles essentielles : personnes asthmatiques ou allergiques, celles ayant des antécédents d’épilepsie ou de convulsions, femmes enceintes ou allaitantes, enfants en bas âge, etc. Les intoxications, allergies et autres accidents, qui étaient déjà en nette augmentation depuis quelques années (rien que pour le Centre anti-poison des Hauts-de-France par exemple, 141 cas en 2017, principalement des intoxications pédiatriques, contre seulement 18 en 2000) ont explosé depuis le début de la pandémie.

Parmi les huiles essentielles connues pour leurs propriétés antibactériennes ou antivirales figurent l’arbre à thé (melaleuca), l’eucalyptus, la lavande, l’orange douce, le romarin, le thym. Mais, insistons encore une fois, aucune huile essentielle n’a montré à ce jour une réelle activité contre ce virus totalement nouveau qu’est le SARS-CoV-2, malgré les promesses qui se multiplient sur Internet. À l’inverse, aucune huile essentielle n’est anodine ni totalement inoffensive quand elle est employée à la légère, et encore plus chez les personnes à risque évoquées plus haut. La seule sécurité avérée, c’est d’appliquer les mesures barrières évoquées plus haut, dont les médias se font chaque jour l’écho.

Il n’existe malheureusement aucune huile essentielle à l’efficacité avérée contre le Covid 19 (image mitchf1 via Pixabay).

Pour purifier l’atmosphère ? Aérer !

Et pour « purifier » l’air, le moyen le plus efficace reste encore d’aérer régulièrement ! Car sur ce point, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a été obligée d’alerter sur les sprays et diffuseurs d’huiles essentielles largement utilisés depuis le début de l’épidémie, en raison du signalement de très nombreux effets indésirables : irritations des yeux, de la gorge, du nez, avec apparition de toux et même de difficultés respiratoires. Nombre d’huiles essentielles sont en effet riches en phénols ou en cétones, irritantes pour les voies respiratoires et inadaptées à l’inhalation ou à leurs diffusions par le biais d’un spray ou d’un diffuseur.

Dans cette alerte, début avril 2020, l’Anses a de plus rappelé que ces produits émettent par ailleurs des composés organiques volatils (COV) qui peuvent constituer une source de pollution de l’air intérieur, COV qui viennent s’ajouter à ceux déjà présents dans cet air intérieur et provenant d’autres sources, telles que les éléments de mobilier et de construction, l’utilisation de produits d’entretien ou encore de produits cosmétiques. Certains des COV présents dans les huiles essentielles, même s’ils sont d’origine naturelle, peuvent aussi présenter des propriétés irritantes ou sensibilisantes.

Vu les risques élevés avec les enfants, l’Anses recommande en outre que les sprays ou diffuseurs ainsi que les flacons à base d’huiles essentielles restent hors de portée des jeunes enfants, au même titre que les produits détergents ou les médicaments.

Plus globalement, l’Anses rappelle elle aussi « que les huiles essentielles ne constituent pas un moyen de lutte contre le coronavirus » et qu’il « est important de respecter les conditions d’utilisations de ces huiles (voie d’administration, dose, zone d’application…) ».

Pour « purifier » l’atmosphère face au risque de coronavirus, aérer les pièces est une solution bien plus efficace et qui plus est gratuite et sans risque (image asundermeyer via Pixabay).

Ce que nous aurions aimé lire à propos des huiles essentielles et du Covid19

Plutôt que de voir répandue partout, sur les réseaux sociaux et même dans certains magazines « spécialisés », l’affirmation que certaines huiles essentielles sont virucides ou purifiantes, et donc efficaces de facto sur le coronavirus, affirmation d’évidence infondée, c’est tout ce qui précède que nous aurions aimé lire. En autres parce que c’est le meilleur moyen, en n’exagérant pas leur potentiel, de ne pas hypothéquer la réelle confiance qu’on peut avoir dans leur emploi, dans d’autres cas.

Une autre chose que nous aurions aimée lire, plutôt que la liste des huiles essentielles « virucides et purifiantes » à utiliser face au Covid19, c’est par ailleurs et surtout celle des huiles essentielles à ne pas employer. En l’occurrence, nous pensons ici à celles qui possèdent des propriétés anti-inflammatoires, car très rapidement les médecins sur le terrain face à la maladie ont souligné le caractère aggravant que pouvaient avoir les médicaments anti-inflammatoires, comme les corticoïdes, les bronchodilatateurs ou les anti-inflammatoires dit « non stéroïdiens », du type aspirine, ibuprofène, kétoprofène...

Or ce ne sont pas les substances pharmaceutiques qui sont ici en cause, mais bien leurs propriétés anti-inflammatoires. Ce qui signifie que les huiles essentielles présentant les mêmes propriétés sont tout autant à bannir, ce que peu de personnes ont rappelé au moment de vanter les bienfaits supposés de ces huiles dans le cadre de la pandémie.

La liste est relativement longue, comportant de plus des huiles essentielles souvent employées pour de nombreuses raisons : achillée millefeuille, camomille matricaire, clou de girofle, eucalyptus citronné, gingembre, lavandin, lemongrass, mélisse, pin, thym, verveine, ylang ylang, etc. La plus notable, à bannir impérativement, est la gaulthérie, car elle contient du salicylate de méthyle, une molécule proche de l’acide acétylsalicylique, c’est-à-dire l'aspirine.

 

La gaulthérie, une plante médicinale dont l’huile essentielle est à proscrire absolument face au Covid19 ! (image Jamer Gaither via Wikimedia Commons).

Certes, l’efficacité inflammatoire des huiles concernées varie beaucoup. Mais comme les doses d’emploi peuvent aussi jouer un rôle, la meilleure des précautions, en cas de possibilité de contamination au coronavirus, est de s’abstenir tout simplement de les employer, car le risque de surdosage est toujours réel.

Cette règle d’abstention vaut bien entendu également pour toutes les plantes (et leurs extraits) possédant également des propriétés anti-inflammatoires : bouleau, curcuma, harpagophytum, quinquina, reine des prés, etc. et bien entendu saule blanc, la plante dans laquelle on a découvert ce qui est devenu l’aspirine !

Les médecines douces sont un incomparable allié de la santé et du bien-être, mais face à une maladie très « dure », malheureusement, il faut admettre qu’elles ne peuvent pas faire le poids. C’est le pot de terre contre le pot de fer…