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Les différentes thérapies naturelles
LA PHYTOSPAGYRIE

LA PHYTOSPAGYRIE

 

(photo Pixabay avantrend)

Bien encadrés réglementairement depuis 2002 par une directive européenne, les compléments alimentaires sont la forme moderne d’une manière alternative de prendre soin de sa santé et de son bien-être. Nombre de ces compléments s’inspirent de traditions parfois extrêmement anciennes, comme la phytothérapie, la médecine chinoise ou l’ayurvéda. Mais dans la recherche d’une efficacité optimale, certaines marques ont fait le choix de la « niche » de la phytospagyrie, dont l’histoire est également très ancienne.


 « Extraire puis réunir »


Si le radical « phyto- » désigne bien sûr le monde des plantes, le mot « spagyrie » a été construit à partir de deux verbes grecs, d’une part σπάω [spáô] signifiant « tirer, extraire » et d’autre part ἀγείρω [ageírô] signifiant « rassembler » (cf. aussi ἀγορά [agorá] signifiant « place de marché, assemblée » et le latin grego « assembler » ainsi que l’adjectif français « grégaire »). Le premier à l’utiliser fut le fameux Paracelse (1493-1541), de son vrai nom Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, médecin, philosophe, alchimiste et naturaliste suisse d’expression allemande. En l’occurrence, il l’emploie dans son « Liber paramirum » (également appelé « Opus paramirum »), soit le « Livre au-dessus des merveilles », ouvrage publié à Strasbourg en 1575 qui mêle assez confusément alchimie, philosophie, médecine, théologie et astrologie. Pour Paracelse, la spagyrie consiste à établir un système de compréhension amenant à « rétrograder » les phénomènes « à la première de toutes choses de laquelle toutes ces choses proviennent ».

Pour lui, spagyrie et alchimie étaient basées sur les mêmes principes, étant ainsi synonymes. Mais contrairement à l’alchimie considérant, à l’instar d’autres sciences traditionnelles comme celle des Grecs anciens, qu’il y a quatre éléments fondamentaux (terre, eau, air et feu) dans l’univers et dans toute chose, Paracelse estimait que toute matière (y compris le corps humain) était constituée de trois substances primaires (tria prima), trois « principes » : le Soufre, le Mercure et le Sel.

Dans cet esprit, la médecine spagyrique considère qu’il faut procéder à des triples extractions de plantes, pour obtenir séparément les principes actifs spécifiques (spáô) à ces trois substances primaires, que l’on réunit ensuite à nouveau (ageírô), en les dynamisant, pour obtenir un « médicament » agissant sur les trois composants du corps humain et les rééquilibrant pour arriver à la guérison, avec une vision énergétique que l’on retrouve par exemple aussi en médecine chinoise ou ayurvédique.

Ainsi, dans les remèdes spagyriques :

  • le Mercure représente les éléments aqueux, qui sont l'essence de la vie de la plante, qui sont obtenus via une extractiont alcoolique de la plante ;
  • le Sel représente la terre, c’est-à-dire les sels végétaux, contenus dans les cendres calcinées de l’ensemble de la plante ;
  • le Soufre représente l’élément du feu, la « vertu » de la plante, contenue dans l'essence volatile (huiles essentielles) de la plante (distillation à la vapeur).
Ces extractions spécifiques servant à obtenir les composants essentiels de base correspondant aux trois substances primaires (soufre, mercure et sel) permettaient aussi de « purifier » les plantes médicinales « brutes et inachevées », « Dieu ayant donné pour tâche à l’homme de faire évoluer les choses à un niveau supérieur ». La plante étant ainsi « nettoyée » des composants non essentiels, la recombinaison finale permettait d’obtenir un mélange optimisé de qualité supérieure. La recombinaison consistant à diluer les huiles essentielles obtenues dans la solution alcoolique et à y mettre ensuite en solution/suspension les sels minéraux.

En phase avec la notion de « totum » des plantes


Extraction alcoolique, calcination et distillation étaient des méthodes classiques en alchimie médiévale pour séparer et purifier les métaux contenus dans les minerais.

La logique de la méthode, car il y a en a une, bien compréhensible, était qu’un simple extrait alcoolique ne pouvait pas contenir tous les actifs et donc toutes les propriétés médicinales (« toutes les énergies ») d'une plante vivante. D’où l’idée d’extraire séparément d’une part les cendres (composés minéraux) par la calcination et d’autre part les principes aromatiques volatils (huiles essentielles) puis de les réunir finalement dans la teinture alcoolique, celle-ci contenant éventuellement des composants obtenus par une macération (digestion) préalable. Ce faisant, ces « essences » phytospagyriques, « quintessences » de la plante appelées « élixirs » par les spagyristes, auraient donc des propriétés médicinales supérieures à celles des extraits alcooliques simples.

 
La distillation ne permet pas d’extraire l’ensemble des principes actifs contenus dans une plante :
une évidence connue depuis des siècles (gravure ancienne).

 Au courant du 19e siècle, alors que la pharmacologie se développait, de nombreux chercheurs, notamment en Allemagne, se sont néanmoins basés sur les principes de la phytospagyrie pour développer des remèdes. Aujourd’hui encore en Allemagne, des médicaments spagyriques sont officiellement enregistrés (et donc contrôlés), assimilés sur le plan réglementaire à des préparations homéopathiques (« Homöopathisches Arzneibuch » soit « Pharmacopée homéopathique »).

Issue d’une démarche à la fois empirique et philosophique, la phytospagyrie ne peut cependant qu’être rapprochée des connaissances les plus récentes en matière de biochimie des plantes. Ces dernières contiennent en effet des milliers de substances, certaines mieux solubles dans l’eau, les autres dans l’alcool, dans la glycérine, dans les huiles… d’où l’existence d’extraits aqueux, d’extraits alcooliques, d’extraits hydro-alcooliques, d’extraits glycérinés, d’extraits huileux, etc.

 

Les élixirs spagyriques concentrent l’ensemble des actifs des plantes, tout en proposant une approche énergétique de la santé et du bien-être (photo Pixabay monicore).

« Le tout est plus grand que la somme des parties »… Comme souvent cette citation est attribuée à de nombreuses personnes, en particulier sur Internet. Mais peu importe qu’elle soit du Grec Aristote, du Chinois Confucius ou du Perse Avicenne : de nombreuses études pharmacologiques ont pu montrer que des principes actifs purifiés et isolés étaient souvent moins efficaces que lorsqu’ils n’étaient pas séparés de l’ensemble de la plante dont ils sont issus. Car s’il existe des cas d’antagonismes (des principes actifs qui ont un effet contraire), très fréquents sont par contre les cas de synergie ou de potentialisation : l’effet positif d’actifs présents simultanément est supérieur à la somme des effets des actifs considérés isolément. Cela explique parfois pourquoi il est quasi impossible d’attribuer à une molécule précise l’action thérapeutique d’une plante : prises isolément, les principales molécules présentes dans celles-ci n’exercent pas d’action significative, mais laissées ensemble (« totum » de la plante), l’action est bien mesurable.

On trouvera quelques exemples cités ici

Au départ, il y a certes une approche « énergétique » au cœur de la phytospagyrie, avec ses trois « principes » (le principe Mercure jouant sur les émotions, le Soufre sur le mental et le Sel sur le physique) qui agissent comme rééquilibrant (idée que l’on trouve également, par exemple, dans la médecine ayurvédique qui en visiblement montré la pertinence). Mais en appliquant des méthodes sélectives permettant d’extraire spécifiquement des actifs qu’une seule et unique méthode ne permettrait pas de réunir, puis en réunissant dans une même préparation finale ces différents actifs, la phytospagyrie rejoint aussi quelque part, de façon très factuelle, la notion de synergie naturelle d’actifs que la science moderne n’a pu que confirmer.

 

Rester vigilant

En France, quelques « petites » sociétés (« petites » car la spagyrie est un travail de précision quasi-artisanal, fait sur de petites quantités, qui ne peut être « industrialisé ») proposent des élixirs spagyriques. Il y en a plus en Suisse ou en Allemagne. Celui ou celle qui est à la recherche de « médecines douces » et qui est séduit par les promesses de la spagyrie peut se laisser tenter.

Mais comme c’est la règle de façon générale pour toutes ces solutions alternatives, à commencer par les compléments alimentaires, fleurs de Bach et autres produits de gemmothérapie, il faut dans ce cas être vigilant sur de nombreux points. Comme vérifier que l’entreprise a bien pignon sur rue, idéalement depuis plusieurs années, que la production est faite dans les règles de l’art, avec des plantes soigneusement sélectionnées (idéalement certifiées bio, bien sûr) et traitées en douceur… Et évidemment qu’aucune allégation excessive ou déplacée n’est faite, ce qui serait le signe d’entreprises peu recommandables. Enfin, le mieux reste de se faire conseiller par un naturopathe, lui aussi de confiance et ayant « pignon sur rue », formé à la phytospagyrie.

 

Frontispice de « Das Distilierbuch » (« Le Livre de la Distillation ») de Hieronymus Brunschwig, édité en 1521 à Strasbourg :
récolte des plantes médicinales dans un jardin de plantes et distillation (image Wikimedia Commons).

 

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