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Les herbicides
Le glyphosate

Le glyphosate




Photo Pixabay

Tout au long de l’année 2017, un produit de traitement des cultures agricoles a régulièrement été au cœur de l’actualité : le glyphosate. Cet herbicide n’est bien entendu pas utilisé en agriculture biologique, mais il est l’illustration même des problèmes que posent certains produits utilisés en conventionnel. Un éclairage s’impose donc.

 

Le glyphosate, à quoi ça sert ?

Le glyphosate est un pesticide, et plus précisément un herbicide, c’est-à-dire un désherbant. Si tous les herbicides sont des pesticides, tous les pesticides ne sont pas des herbicides. Comme le précise le dictionnaire Larousse en ligne, herbicide « se dit d'un produit chimique utilisé pour détruire les mauvaises herbes. Un herbicide est total s'il détruit toutes sortes de plantes ou sélectif s'il tue seulement les mauvaises herbes apparues dans une culture ». Un pesticide est quant à lui « un produit chimique utilisé pour la protection ou le traitement des végétaux (synonymes : produit phytosanitaire, produit phytopharmaceutique). Les pesticides regroupent principalement les fongicides, les insecticides et les herbicides, utilisés respectivement pour lutter contre les champignons, les insectes et les mauvaises herbes (adventices) ».

Le glyphosate est un herbicide « systémique », destiné détruire toutes les mauvaises herbes, mis sur le marché en 1974 par la société Monsanto sous la marque Roundup, pour les usages personnels (jardin) et professionnels (agriculture et entretien du domaine public ou semi-public, type routes ou voies ferrées). Commercialisable par d’autres sociétés depuis que son brevet est tombé dans le domaine public en 2000, c’est aujourd’hui le désherbant le plus vendu au monde (750 produits fabriqués par 90 sociétés), utilisé notamment pour la culture du maïs, du coton, du soja, du colza, du riz…

Il est apprécié par ses utilisateurs en raison de son efficacité durable sur l’ensemble des mauvaises herbes, évitant l’emploi de plusieurs produits complémentaires. Il agit en un seul passage, sans obliger à travailler le sol, et à faible coût.

L’agriculture bio interdisant les pesticides le remplace par une diversification et une rotation des cultures, par le binage et le broyage des mauvaises herbes qui, mélangées à la terre, forment un engrais naturel. Des méthodes plus coûteuses en temps et donc en argent, mais sans le moindre risque.

 
Photo Hans / Pixabay

 

Quel sont les problèmes que pose le glyphosate ?

Depuis des années, les experts se divisent sur les risques liés au glyphosate. On notera ici que Monsanto a déjà, dans passé, été impliqué dans la mise sur le marché d’autres produits controversés, comme les PCB (utilisés comme retardateurs de flammes et isolants) ou le Lasso (ou alachlore), un autre herbicide, interdit en France depuis 2008.

Monsanto affirme que « le glyphosate ne pose aucun risque inacceptable pour la santé humaine, l'environnement, les animaux et plantes non-cibles ». Mais les opinions contraires sont de plus en plus nombreuses. Ainsi, le 10 mars 2015, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, qui dépend de l’Organisation mondiale de la Santé) l’a classé comme « cancérogène probable pour l’homme » en se basant sur 350 études scientifiques indépendantes. Le 15 mars 2017, l’Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) a estimé que le glyphosate est « une substance causant des lésions oculaires graves, toxique sur le long terme pour les organismes aquatiques », étant néanmoins « pas cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ».

De son côté l’Agence de Sécurité Alimentaire Européenne (EFSA) a par contre souligné le12 novembre 2015 « qu’il n’y a pas de lien de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancer chez les humains ». De nombreux médias ont cependant fait remarquer que le rapport de l’EFSA reprend mot pour mot des passages entiers de documents provenant de Monsanto.

Plus récemment, le 12 février 2016, l’ANSES (Agence nationale française de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a déclaré ne pas disposer de suffisamment de preuves pour classer le glyphosate comme substance potentiellement cancérogène pour l’homme. Mais en même temps, cette agence a fait part de ses « préoccupations (…) sur les co-formulants [dans les préparations à base de glyphosate], en particulier la tallowamine » (un tensioactif permettant au désherbant proprement dit de mieux pénétrer dans les plantes), retirant, dès le 20 juin 2016, les autorisations de vente de 126 produits avec cette association, car des « risques inacceptables, notamment pour la santé humaine, ne peuvent être exclus pour ces produits ».

Selon Monsanto, « bien que le glyphosate se retrouve parfois dans nos aliments, il a uniquement été détecté en très faibles proportions dans seulement 12 % des produits alimentaires européens testés par l'Autorité européenne de sécurité des aliments ». Nombreux sont cependant les exemples dans le monde qui montrent que le principe de précaution devrait s’appliquer.

En Argentine, où le glyphosate est massivement utilisé, on a constaté une explosion de la mortalité par cancer et des malformations congénitales. En France, dans un rapport publié en novembre 2015, le Commissariat Général au Développement Durable (CGDD), qui dépend du ministère de l’Ecologie, a relevé que 500 pesticides sont présents dans les cours d’eau français, notamment le glyphosate - en hausse constante depuis 2011 - et l’AMPA, un produit issu de sa dégradation. Dans certaines régions, leur concentration dans les eaux brutes atteint voire dépasse le seuil réglementaire limite de potabilité par pesticide.

En janvier 2016, la revue 60 Millions de Consommateurs a annoncé avoir retrouvé du glyphosate dans les tampons hygiéniques, ainsi que, en janvier 2017, dans certaines couches pour bébés.

En avril 2017, l’association Générations Futures a publié les résultats d’analyses d’urine effectuées sur une trentaine de personnalités. Toutes ont montré une concentration en glyphosate 12 fois supérieure à la quantité admissible pour des pesticides dans l’eau. Même si le nombre de personnes analysées n’est pas significatif, cela reste un bon indicateur de l'exposition aux pesticides de l'organisme.

En septembre 2017, les résultats d’une autre enquête faite par Générations Futures ont montré que 53,3% des aliments qu’elle avait fait analyser contenaient des résidus de glyphosate.

Modélisation en 3D de la molécule de glyphosate (image Benjah-bmm27 via Wikimedia Commons).

 

La (controversée) prolongation de l’autorisation européenne de vente

Si la France est particulièrement sensible à la question du glyphosate, ce n’est pas le cas de tous les autres pays européens, comme la presse l’a largement rapporté fin 2017. En Europe, tous les produits phytosanitaires font l’objet d’une autorisation de mise sur le marché, d’une durée maximale de 10 ans. Celle du glyphosate étant alors échue, l’Union Européenne l’avait prolongée de 18 mois en juin 2016, dans l’attente de l’avis de l’ECHA, publié le 15 mars 2017 comme mentionné plus haut. Un nouveau vote devait ensuite renouveler éventuellement l’autorisation pour 10 nouvelles années. Ce vote a eu lieu le 27 novembre 2017, mais face à la pression, la Commission Européenne n’a prolongé l’autorisation que pour 5 ans, jusque fin 2022. La France fait partie des quelques pays qui ont voté contre, l’Allemagne qui devait faire de même s’étant finalement abstenue.

Une Allemagne directement intéressée économiquement, comme l’ont souligné de nombreux médias, Monsanto étant en train d’être racheté par Bayer, le géant allemand de la chimie. Le travail de lobbying voire de désinformation de Monsanto est d’ailleurs bien connu depuis des années. Ainsi, dans des documents confidentiels internes à Monsanto - rendus publics par la justice américaine à l’occasion d’une action collective devant les tribunaux de plusieurs centaines de travailleurs agricoles touchés par un cancer du sang - ont révélé que des études signées par des toxicologues réputés, attestant de l’innocuité du glyphosate, avait en fait été rédigées par des employés de Monsanto. Ces mêmes « Monsanto papers » révèlent par ailleurs que l’entreprise connaissait depuis 1999 les dangers du glyphosate, en particulier son potentiel mutagène. Monsanto a aussi été condamné pour publicité mensongère sur la biodégradabilité du glyphosate, aux Etats-Unis en 1996 et en France en 2007. Autre activité douteuse de la part de Monsanto, les campagnes de dénigrement en octobre dernier 2017, révélées par la presse, visant des scientifiques associés au Centre International de Recherche sur le Cancer.

 

Une initiative citoyenne européenne contre le glyphosate

Une pétition officielle (ICE : Initiative Citoyenne Européenne), soutenue par des dizaines d’associations à travers l’Europe (parmi lesquelles Greenpeace, Générations Futures, la Confédération Paysanne, Eaux et Rivières de Bretagne, l’Union Nationale pour l’Apiculture Française, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, etc.) a été lancée pour une interdiction rapide du glyphosate et une réforme de la procédure d’approbation des pesticides. Elle a déjà été signée par 1,3 millions d’Européens à la mi-décembre 2017 : https://stopglyphosate.org/fr/

De son côté, le gouvernement français a fait savoir que la « France [reste] déterminée à sortir du glyphosate en moins de 5 ans ». Dans notre pays, son utilisation est déjà interdite dans les espaces publics depuis le 1er janvier 2017 et le sera totalement pour les particuliers à partir du 1er janvier 2019.

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