« Cure détox », « Régime détox », « Programme détox », « Thé détox ». La « détox », pour « détoxification », est mise à toutes les sauces, surtout depuis le début des années 2000. La promesse ? « Débarrasser notre corps des toxines qui l’encrassent », pour une meilleure forme et une meilleure santé. Qu’en est-il exactement de ces fameuses « toxines » ? Et peut-on vraiment les éliminer ?

 

« Détox ou intox ? »

La rime aidant, nombreux sont les articles critiques qui rapprochent les deux mots « détox » et « intox ». La « détoxification » (ou « détoxication ») est, de fait, un « ensemble de processus biologiques qui aboutissent à l’élimination des toxiques résultants des divers métabolismes », le mot « toxique » étant synonyme de « poison ».

Ceci est le point de vue du dictionnaire. Sur le plan médical par contre, le problème est que les toxines dont ces cures ou régimes promettent de nous débarrasser, d’en « drainer notre corps », ne sont pas vraiment définies : sur ce point, beaucoup de publicités restent vagues voire parfois trompeuses, sans explication précise (biologique, biochimique) sur le mode d’action précis des régimes (ou des produits) détox. Certains médecins soulignent, et nous serons plutôt enclins à leur donner raison sur le plan biologique, qu’une réelle intoxication mène en général les personnes concernées directement à l’hôpital. Car si, comme on le lit souvent, nos reins ou notre foie ne fonctionnaient plus parce qu’ils sont « encrassés », « remplis de toxines », une vraie pathologie rénale ou hépatique apparaîtrait, ce qui est en général très grave et même parfois mortel. Notre corps n’est malheureusement pas un aspirateur dont on pourrait facilement nettoyer le filtre.

Certains parlent ainsi souvent des « promesses extravagantes » des régimes détox, soulignant qu’il n’ y a pas d’aliment (ni de nutriment connu) qui soit réellement capable de faire partir du corps, en les ciblant, les toxiques les plus graves que nous pouvons ingérer - en l’occurrence principalement des molécules synthétiques - via la nourriture (ou l’environnement), comme les polluants (métaux lourds, pesticides) et plus généralement toutes les molécules chimiques nocives, du type de celles classée CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques) et autres perturbateurs endocriniens. Nombre de ces toxiques sont en effet liposolubles, c’est-à-dire qu’ils se fixent dans les graisses du corps. Ce n’est donc pas une simple tisane diurétique, même la plus efficace, qui les fera partir du corps ! L’eau (la tisane, même avec des plantes, c’est de l’eau) n’est pas capable de dissoudre un corps gras : seul un solvant lipophile (huile, alcool, hydrocarbures et dérivés) est capable d’entraîner une substance liposoluble…

Peut-on vraiment éliminer de façon ciblée et spécifique des molécules nocives avec uniquement certains aliments ? (image Tumisu via Pixabay).

 

Un problème sémantique évident

Après nous être fait l’avocat du diable, soulignons qu’il n’en reste pas moins que manger des aliments moins transformés, moins raffinés, plus riches en micro- et/ou macro-nutriments (fibres, vitamines, minéraux, anti-oxydants divers) et à l’inverse « lever le pied » sur les produits trop gras, trop sucrés, trop salés, également sur les aliments mauvais pour l’état de nos artères (alcool, café…), sans oublier le tabagisme… est meilleur pour la santé à long, moyen, voire court terme.

Manger sain (merci le bio !) et équilibré (ce qui inclut même la consommation de certaines matières grasses saturées, dont notre corps a également besoin, dans une certaine proportion bien sûr), sans éventuels allergènes (pour les personnes vraiment allergiques) ou aliments provoquant réellement des intolérances (gluten ou lactose : sachant que seule une minorité de personnes est concernée !). Sans oublier d’entretenir notre flore intestinale (le fameux microbiote) avec des aliments contenants des prébiotiques ou des probiotiques… Voilà déjà la bonne attitude à avoir, de façon générale, pour un bon transit, une bonne digestion, une bonne assimilation des nutriments, etc. Et donc un bien-être général.

On sait aussi que certains produits peuvent aider à protéger par exemple le foie, comme l’artichaut ou le radis noir (comme il existe à l’inverse certains médicaments qui peuvent l’abîmer, comme l’excès d’alcool d’ailleurs). Mais ils ne le « détoxifient » pas de façon avérée. Le corps médical a sur ce point raison, a priori, lorsqu’il rappelle qu’il n’y a aucune preuve scientifique, c’est-à-dire aucune étude clinique réalisée dans les conditions habituellement prescrites, prouvant une efficacité chiffrée des « cures détox » contre les toxiques avérés de l’organisme. On peut dire que, effectivement, la détox – dans le sens mis en avant par certains de ses avocats par trop enthousiastes, sens qui agace le corps médical - n’aurait pas de réel fondement scientifique.

Il reste néanmoins vrai également, et beaucoup l’ont personnellement expérimenté, qu’après des excès (longue série de repas trop riches, saison durant laquelle on a mangé trop gras et/ou trop sucré) manger léger, pour mettre l’organisme au repos, et boire beaucoup (eau, tisanes) pour assurer un bon drainage naturel, est effectivement une bonne « cure ». Y ajouter l’emploi de certaines plantes au bénéfice phytothérapique avéré peut être en outre un petit « plus » supplémentaire certain. Pourquoi pas l’appeler « détox », effectivement. Ne se sent-on pas « détoxifié » (dans le sens de « revigoré ») après une longue journée à apprécier l’air pur de la campagne, de la montagne ou de la mer ? Mais y ajouter un discours pseudo-scientifique ou de fausses promesses (non, les régimes détox ne font pas maigrir !) n’est pas respectueux des personnes. Tout est donc bien une question de sémantique, c’est-à-dire du sens qu’on donne à ce mot.

Bien manger avant tout

Nous prendrons donc ici le mot « détox » dans un sens général et raisonnable : celui de bannir un régime alimentaire qui ne nous convient pas, pour viser un meilleur équilibre de notre organisme. Le mot est tombé en désuétude, mais c’est bien d’une bonne « diététique » dont il s’agit.

La promesse est celle d’une bonne digestion, d’un meilleur transit, d’un meilleur apport en nutriments pour éviter les subcarences, etc. Nous parlons intentionnellement de subcarences (carences légères) et non de réelles carences, car ces dernières sont en général source de pathologies plus ou moins graves. Pour prendre juste deux exemples simples, augmenter son apport de magnésium peut améliorer le sommeil, faciliter la récupération musculaire, faire disparaître des crampes musculaires fréquentes. Et nous connaissons tous de nombreuses personnes qui ont amélioré l’état de leurs cheveux et de leurs ongles en augmentant leur consommation de vitamines du groupes B (via des aliments qui en sont riches, ou une supplémentation sous forme de levures ou de compléments). Il existe donc bien des subcarences avec des conséquences directement mesurables, à court terme.

Une bonne alimentation « détox », c’est consommer en permanence des fruits et légumes de saison frais, certains pouvant avoir des vertus particulières, comme l’artichaut (image Lebensmittelfotos via Pixabay).

 

Les bons aliments « détox » sont innombrables, tous symboles d’une alimentation équilibrée, d’une bonne diététique : viandes maigres de préférence (viandes blanches), poissons maigres (poissons blancs), fruits et légumes de saison frais (car plus riches en nutriments), céréales idéalement sans gluten (car on peut faire partie de la petite proportion de personnes réellement intolérants au gluten, qu’il ne faut pas confondre avec l’allergie, dont souffre une proportion encore plus réduite de la population : quand on est intolérant au gluten, la digestion peut être difficile, avec d’autres désagréments en parallèle), légumes riches en fibres et protéines, produits laitiers fermentés (yaourts, fromages) riches en germes susceptibles d’entretenir notre macrobiote)…

Et pour l’apport hydrique de l’eau minérale (à teneur garantie en minéraux, à choisir adaptée à chacun), des tisanes de plantes favorisant le bon fonctionnement rénal (diurétiques), sans oublier des jus de fruits et de légumes frais, qui apporteront leur lot de nutriments (fibres, vitamines, minéraux…). Cuire à la vapeur les aliments sera meilleur (éviter les grillades ou pire les fritures, donnant des aliments très gras), sans oublier que bien des aliments sont encore meilleurs pour la santé lorsqu’ils sont consommés crus !

N’oublions pas non plus les aliments « non détox », ceux à bannir : tous ceux qui sont trop transformés, trop raffinés, trop gras, trop salés, trop sucrés… et plein d’additifs inutiles qui ne sont là que pour donner plus de volume à l’aliment (substances dites « de ballast »).

Si on ne comprend donc pas, biologiquement parlant, comment un régime détox, tel qu’il est généralement promu, permettrait aux organes (foie, reins… mais aussi peau et poumons ?!) d’évacuer les « toxines accumulées », il est clair qu’un régime réorganisé, équilibré, permet donc de mettre l’organisme en repos, de le soulager en évitant les déséquilibres alimentaires et les dysfonctionnement digestifs ou hépatiques, tout simplement

De la phytothérapie de bon aloi pour aider

Comme dit plus haut, s’il est difficile d’affirmer, de façon chiffrée et précise que les plantes sont « détoxifiantes » (quelles toxines sont éliminées, encore une fois ?), beaucoup d’entre elles ont des bénéfices bien connus sur la digestion, c’est-à-dire améliorant le transit, aidant à supprimer les ballonnements et flatulences, stimulant l’activité gastrique, etc. Ces plantes sont connues depuis des lustres, utilisées principalement comme légumes (accompagnement, soupes) comme l’artichaut, le fenouil, l’oignon, le poireau, comme condiments (moutarde, raifort) ou comme herbes aromatiques (coriandre, basilic, estragon, romarin…).

Mais elles existent également, et c’est là que c’est intéressant, sous forme d’extraits concentrés, c’est-à-dire des compléments alimentaires. Plutôt que les comprimés (qui peuvent contenir des substances inertes servant d’agent de compression), il faut privilégier les gélules ou les ampoules, en vérifiant la teneur effective en « équivalent plante fraîche ». Car trop souvent ces extraits, bien que concentrés au départ, sont finalement dilués lors de la fabrication des compléments alimentaires proprement dits. Certaines de ces plantes sont par ailleurs compatibles avec une utilisation sous forme de tisanes, en particulier toutes les herbes aromatiques, mais pas seulement.

Parmi ces plantes « médicinales » que l’on trouve en tisanes, en ampoules ou en gélules, on citera notamment, parce qu’elles sont hépato-protectrices, digestives, diurétiques voire légèrement laxatives, etc. : la bardane, le frêne, le fenouil, l’ortie, le pissenlit, le radis noir, le romarin, le sureau. Certaines huiles essentielles ont les mêmes propriétés (huiles essentielles à utiliser toujours avec les précautions d’usage) : cannelle, menthe poivrée, romarin, etc.

Citons également deux compléments alimentaires qui ne sont pas dérivés d’aliments proprement dits : d’une part le charbon végétal actif et d’autre part le psyllium blond, c’est-à-dire plus précisément, concernant ce dernier, le tégument (enveloppe de la graine) de ce « plantain des Indes ». De façon avérée, le premier améliore le confort digestif (ballonnements, flatulences) et le second le transit.

Charbon végétal actif et psyllium blond, deux compléments alimentaires à l’efficacité avérée sur le bien-être digestif et intestinal (images Freepik et Cary Bass via Wikimedia Commons).

N’oublions pas les compléments alimentaires apportant des pré- ou probiotiques, notamment si on n’aime pas les aliments qui en contiennent naturellement (produits laitiers fermentés par exemple).

Attention : cure « détox » (… diététique) ne signifie pas descendre en-dessous des besoins caloriques normaux de notre corps. Ce n’est pas un jeûne. Il n’est jamais bon de se retrouver en hypoglycémie, ni même, en fonction de nos activités, en manque de protéines ou de lipides essentiels, ou encore d’énergie. Avoir « vraiment faim » pendant cette cure n’est pas bon signe.

Faire une cure « détox-diététique », pendant un certain temps, après des excès plus ou moins longs et/plus ou moins répétés doit surtout être le déclencheur pour retrouver une alimentation plus équilibrée, dans le sens expliqué plus haut. Elle n’est certainement pas, d’ailleurs, une « excuse » pour s’adonner à des excès réguliers, qui seraient entrecoupés de telles cures. Ce serait la meilleure façon de fatiguer l’organisme !

Dernier conseil, tout ceci sera d’autant mieux si vous faites en sorte d’avoir un sommeil de qualité et un exercice physique suffisant.

Alors, prêt(e) pour votre cure « DIET(ox) », premier pas vers une alimentation définitivement plus saine et plus équilibrée, en mode bio bien sûr ?

 


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